Journal des Sables: des inquiétudes

La porcherie industrielle qui inquiète

Le projet de création d’une porcherie industrielle à Poiroux refait surface. Lui que l’on croyait enterré par un arrêté préfectoral de juin 2010 renaît de ses cendres.

De gauche à droite : Jean-Yves Briaud, riverain au projet, Jacques Jutel de Terres et rivières, Paul Arrivé, président de la Feve, Christian Masson, président d’Avigen, Gwénolé Stéphant, riverain et Michel Charrier de l’Avigen. Ensemble, ils déposent un recours contre le permis de construire accordé à ce projet.

Ensemble, ils déposent un recours contre le permis de construire accordé à ce projet. Il est même plus que jamais d’actualité puisque le permis de construire a été délivré le 19 juin dernier. Un collectif s’apprête à déposer un recours contre cette construction. Les opposants craignent une pollution des cours d’eau et déposent un recours.
L’Avigen (Association de vigilance environnementale), la Feve (Fédération écocitoyenne de Vendée pour la protection de l’environnement et du cadre de vie), l’association Terres et rivières et des riverains sont vent debout contre la création d’une porcherie industrielle à Poiroux. Le dossier n’est pas récent. En 2009, une société civile d’exploitation agricole “Le village du bois” s’était constituée afin de créer une maternité porcine à Poiroux. “L’un des associés de ce projet n’est autre que le groupe Sanders, filiale de Sofiprotéol, une société présidée par Xavier Beulin, président de la FNSEA”, précise Christian Masson de l’Avigen. A l’époque, la population locale avait réagi face à l’impact environnemental d’une telle exploitation. Des personnalités telles que Philippe de Villiers et le préfet d’alors, Jean-Jacques Brot, étaient également montées au créneau. Ce dernier avait fini par signer, le 16 juin 2010, un arrêté de refus du projet.

La pollution sous-estimée

Depuis ce jour, pas ou peu de nouvelles de la SCEA “Le village du bois”. Sauf que celle-ci a contre-attaqué devant le tribunal administratif de Nantes. “Pendant trois ans, le tribunal a travaillé sur le dossier et a rendu le 30 mai 2013 une décision contestant l’arrêté préfectoral de 2010 et ordonnant au préfet de signer un nouvel arrêté d’autorisation”, annonce Jacques Jutel, président de Terres et rivières. Ce que le nouveau préfet, Jean-Benoît Albertini a fait le 18 novembre 2013. Les opposants au projet ne comprennent pas que la préfecture n’ait pas fait appel de cette décision “car elle avait les moyens de le faire”. Ils font le lien avec la visite en Vendée du ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, en juin 2013. “Le mot d’ordre a été de donner la priorité à l’économie agricole”, souffle Christian Masson. Résultat : le permis de construire a été signé par le maire de Poiroux le 19 juin dernier. Cette porcherie industrielle prévoit l’installation de 2823 animaux et d’une maternité porcine.
Les opposants ont donc décidé d’aller au contentieux et de déposer un recours devant le tribunal administratif. “Rien dans le dossier technique n’a changé depuis 2010. Mais la réglementation, elle, a changé”, explique Maître Christophe Hermouet, avocat du collectif. Ça, c’est pour la forme. Sur le fond, il compte plaider la défense de l’environnement : “Le problème de pollution est totalement sous-estimé par les autorités. La réglementation oblige à ce qu’un certain nombre de critères soient visés (traitement des déchets, impact sur la qualité de l’air, rejets en milieu aquatique, impact sur la circulation, etc.) or ils ne sont pas traités sérieusement”.

La Vendée colonisée par l’élevage industriel

L’avocat dénonce une attitude de “pompier pyromane de la part de la préfecture qui a pour mission de veiller à la qualité des eaux et qui donne en même temps une telle autorisation d’exploitation”. Les opposants veulent mettre en garde contre un phénomène qui risque de se reproduire : “Les industriels agricoles ont de plus en plus de mal à s’implanter en Bretagne qui est saturée. Ils déploient donc leurs capitaux en Vendée qui va devenir une terre de colonisation d’élevage industriel”.
Les associations préviennent qu’elles vont organiser une large information auprès de la population (pétitions, tracts). Quant au recours en lui-même, il n’est pas suspensif et son délai de traitement par le tribunal administratif pourrait prendre deux ou trois ans. “Mais, s’ils construisent quand même, c’est à leurs risques et périls. Une décision dans notre sens les conduiraient à devoir tout détruire”.

Quels risques pour l’environnement ?

Concrètement, le risque est une grave détérioration de la qualité des petits cours d’eau du Sud Vendée et la dégradation grave des eaux de plage. “Le site sur lequel est prévu ce projet se situe à la source de la Vertonne, entre ses deux branches, affirme Jacques Jutel. Et il y a sept sources à trois kilomètres à la ronde. Toutes ces rivières se jettent dans le marais des Olonnes. C’est donc tout le pays des Olonnes qui sera impacté et pas seulement la commune de Poiroux”.